En France, 234 702 incendies ont été recensés par les services départementaux d’incendie et de secours en 2024, et l’INRS rappelle qu’environ 70 % des entreprises victimes d’un sinistre majeur cessent définitivement leur activité dans les mois qui suivent. Derrière ces chiffres, une réalité concrète : la prévention incendie n’est pas une formalité administrative, c’est une question de survie pour l’entreprise et de protection pour ses salariés.
Des obligations qui s’imposent à tous les employeurs
Le Code du travail est clair : l’employeur doit prendre toutes les mesures nécessaires pour que tout début d’incendie soit combattu rapidement et efficacement. En pratique, cela se traduit par plusieurs dispositifs non négociables. Une consigne de sécurité incendie doit être affichée dans les locaux, précisant les matériels disponibles, les personnes responsables de l’évacuation et les contacts des secours. Des extincteurs à eau pulvérisée de 6 litres doivent couvrir chaque tranche de 200 m² (150 m² en locaux industriels). À partir de 50 personnes, une alarme sonore audible dans tout le bâtiment devient obligatoire. Et des exercices d’évacuation doivent être organisés au moins tous les six mois.
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Ces obligations valent pour l’ensemble des entreprises, quelle que soit leur taille. Mais pour les immeubles de grande hauteur, la réglementation va bien plus loin, avec une logique entièrement différente.
IGH : une réglementation à part entière, souvent méconnue
Beaucoup d’entreprises ignorent qu’une tour de bureaux bascule dans le régime IGH (immeuble de grande hauteur) dès que le plancher bas du dernier niveau dépasse 28 m. Ce seuil, nettement plus bas que pour les immeubles d’habitation (50 m), fait entrer dans un cadre réglementaire bien plus exigeant. Cliquez pour en savoir plus sur l’entreprise sécurité incendie.
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La différence fondamentale avec un bâtiment courant tient à la stratégie adoptée : évacuer une tour de 40 étages en quelques minutes est impossible. La réglementation IGH repose donc sur le principe de « défendre le volume » : compartimenter le bâtiment pour confiner le feu dans sa zone d’origine, protéger les occupants dans des espaces résistants et permettre aux secours d’intervenir. Chaque niveau doit être découpé en compartiments de 2 500 m² maximum, séparés par des parois REI 120 et des portes à fermeture automatique. La structure porteuse doit résister au feu au minimum deux heures. Le système de sécurité incendie (SSI) doit être de catégorie A, avec une centrale redondante et une alimentation de secours garantissant 72 heures de fonctionnement sans réseau. Des vérifications annuelles complètes s’imposent : scénarios de mise en sécurité, dispositifs de désenfumage, déverrouillage des issues de secours, et même les équipements de cuisson et de chauffage.
Le décret 2025-1100 : une modernisation à ne pas mal interpréter
Publié le 20 novembre 2025, le décret n°2025-1100 introduit les « solutions d’effet équivalent » (SEE), qui permettent de remplacer une règle prescriptive par une alternative, à condition que les quatre exigences fondamentales soient respectées : prévention de l’incendie, limitation de sa propagation, évacuation des occupants et intervention des secours. Depuis le 1er juillet 2026, ces SEE doivent répondre à des critères fonctionnels précis. Cette flexibilité suppose cependant une ingénierie spécialisée : il ne s’agit pas d’un allègement général des obligations. Par ailleurs, à compter du 1er janvier 2027, les règles applicables aux bâtiments à usage professionnel seront transférées du Code du travail vers le Code de la construction et de l’habitation, simplifiant la gestion réglementaire pour les exploitants. Le registre de sécurité incendie, lui, doit déjà intégrer les études et attestations liées aux SEE, les mesures correctives et les documents de maintenance.
Pour les décideurs qui gèrent des bâtiments soumis à ces règles, le moment est venu de faire le point sur leur conformité, de mettre à jour leur registre et, si nécessaire, de solliciter un accompagnement spécialisé.

